[Les méandres de la Françafrique] Dans ma valise, pas de billets…


print subscription [Les méandres de la Françafrique] Dans ma valise, pas de billets…Les méandres de la Françafrique ont subi un cruel coup de projecteur, cette semaine. Un avocat franco-libanais et ancien conseiller pour l’Afrique de l’Elysée, Robert Bourgi, a affirmé dimanche 11 septembre dans un entretien au Journal du dimanche avoir amené des valises pleines d’argent, entre 1997 et 2005, directement à Jacques Chirac, alors président de la République, et Dominique de Villepin, son Premier ministre.

Ces mallettes (d’un total d’environ 20 millions de dollars) provenaient de cinq chefs d’Etat africains : Omar Bongo (Gabon), Abdoulaye Wade (Sénégal), Laurent Gbagbo (Côte-d’Ivoire), Blaise Compaoré (Congo-Brazzaville) et Denis Sassou-Nguesso (Burkina Faso).

Mamadou Koulibaly, l’ex-numéro 2 de Laurent Gbagbo et actuel président de l’Assemblée nationale ivoirienne, a confirmé ces versements. Parlant pour « tourner la page » d’un passé dont il n’est « pas très fier », Robert Bourgi a eu une mention spéciale pour Nicolas Sarkozy, affirmant que ces pratiques, à sa connaissance, avaient cessé sous sa présidence.

Un dédouanement un peu décrédibilisé par le fait que Nicolas Sarkozy lui a remis la Légion d’honneur en 2007… D’autant plus que plusieurs acteurs de la diplomatie affirment – sous couvert d’anonymat que ce système perdure.

Conscient qu’il lâchait ainsi une « bombe » politique, Robert Bourgi a immédiatement signalé qu’il n’avait pas de preuves matérielles.

Jacques Chirac puis Dominique de Villepin ont annoncé leur intention de porter plainte pour diffamation à son encontre, tout comme Karim Wade, le fils du président du Sénégal. Dominique de Villepin a dénoncé des attaques téléguidées depuis l’Elysée, ce que nie formellement Robert Bourgi.

L’avocat a confirmé ses propos, lundi sur BFM TV, et a également affirmé que la campagne électorale de Jean-Marie Le Pen pour la présidentielle de 1988 avait été en partie financée par le président gabonais, Omar Bongo (mort en 2009). (Voir la vidéo, à 8mn 45s)

Ses propos ont été confirmés par Lorrain de Saint Affrique, ancien conseiller en communication du Front national jusqu’en 1994. Jean-Marie Le Pen a démenti ces accusations et va lui aussi porter plainte pour diffamation.

En plus de ces procès en cascade, Robert Bourgi va également devoir se défendre devant l’Ordre des avocats de Paris, qui a ouvert une enquête à son encontre. Mais ses propos ont aussi entraîné l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris.

Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont également été mis en cause par Ziad Takieddine, un homme d’affaires franco-libanais. Ce dernier, proche de Nicolas Sarkozy et plusieurs autres responsables de l’UMP, a été mis en examen, mercredi 14 septembre, pour « complicité et recel d’abus de biens sociaux » dans le volet financier de l’affaire Karachi. Ses biens en France ont également été saisis.

Ziad Takieddine est soupçonné d’avoir touché d’importantes commissions lors de contrats d’armements, qui auraient pu, en partie, se transforcer en financement illégal de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995.


#civ225