La CPI étend les enquêtes à 2002: « Une grande victoire pour le camp Gbagbo » selon l’AFP. Vraiment ?
« Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a vu son mandat en Côte d’Ivoire étendu aux crimes commis entre le 19 septembre 2002 et le 28 novembre 2010… Une grande victoire pour le camp Gbagbo. »
« Une grande victoire pour le camp Gbagbo », vraiment ?

Notre réaction
L’ivraie se cache souvent dans les formules journalistiques.
Cette phrase tirée d’une dépêche de l’Agence Française de Presse (AFP) et relayée par de nombreux sites et journaux est à notre sens, un concentré de bêtise tragique.
Nous dirons même qu’elle est … dangereuse.
Le procureur Luis Moreno-Ocampo étend la période des enquêtes sur les crimes commis en Côte d’Ivoire de Septembre 2002 à novembre 2010.
Soit !
Nous en prenons acte.
Nous ne sommes pas les derniers à demander un éclaircissement sur la genèse des malheurs qui ont frappé notre pays. Pour preuve dans « Qui Sommes nous » , nous avons fait de la déclaration de M. Salvatore Saguès d’Amnesty International le point de départ de notre projet de site.
«M. Alassane Ouattara a demandé à la Cour pénale internationale d’enquêter sur l’Ouest du pays. Nous, nous pensons qu’il faut enquêter sur tout ce qui s’est passé depuis 2002, si l’on veut réellement réconcilier les Ivoiriens. Dans les deux camps, pour l’instant, on ne veut voir que ses propres victimes, et l’on continue de nier les exactions. Si les choses restent en l’état, on prépare de nouvelles violences. On a l’impression aujourd’hui que la crise ivoirienne est derrière nous. Or, rien n’est réglé.»
Mais si nous partageons l’esprit de cette citation d’apparence exigeante, nous souhaitons qu’elle soit bien comprise.
Et cette petite phrase extraite de la dépêche AFP précitée est de nature à brouiller cette vision.
Non, chère AFP, nous ne sommes pas en train de compter des points ! Nous ne voulons plus les compter !
1 but pour le camp « Ouattara » , un autre pour le camp « Gbagbo » c’est bon pour un match de foot! La CAN est finie.
Aujourd’hui, nous souhaitons voir « compter » avec « exactitude » nos Morts et compter les injustices socio-économiques de nos concitoyens !
Les expressions de marronnier usitées par votre profession pour susciter l’intérêt (l’accroche comme vous dites souvent) au lieu d’informer, déforment… Le temps du « match » est écoulé et surtout nous ne voulons pas d’un match retour.
De grâce, faîtes preuve d’imagination lorsque vous écrivez, à défaut contentez-vous du titre… Envie de suspens? Trouver autre chose, nous avons assez donné…
Remonter à 2002 (même plus loin) n’est pas et ne sera pas une « défaite» pour quelque camp que ce soit !
Nous dirons même, pour rester dans la métaphore guerrière que vous aimez voir, que ce sera une « victoire » pour le peuple Ivoirien.
Besoin légitime de Justice depuis le début
Nous sommes certains que la concision demandée à la CPI par M. Ouattara fut faite dans un esprit de … pragmatisme.
Nous venions tout juste de « sortir » de la GUERRE qu’on a pris l’habitude d’appeler (avec une insoutenable légèreté) … « la Crise postélectorale ».
A ce moment, il eut été mal compris de la part du tout nouveau président Ouattara, d’annoncer dans les ruines et les débris, que l’on allait remonter aussi loin dans le temps dans la recherche des responsabilités.
Les douleurs étaient vives, immédiates : il fallait en tenir compte sur-le-champ.
Même le « camp Gbagbo » à cette époque n’en faisait pas une priorité.
Aujourd’hui les conditions semblent réunies pour mettre à l’ordre du jour ce besoin légitime de justice : ce qui est un signe que la situation se normalise peu à peu (nous n’oublions pas les récents drames de Sikensi, ni d’Arrah).
Enquêter, c’est le travail des hommes et femmes de loi. Il devrait dans l’intérêt des victimes, se faire.
Ce serait être de la mauvaise foi voire du cynisme de refuser cela : la paix véritable risque d’être difficile à atteindre sans réparation des préjudices.
Que ces enquêtes soient menées par la CPI, une entité supranationale, est un gage d’impartialité. C’est un postulat nécessaire pour avancer vers une solution.
Bien menées ces actions permettront nous l’espérons, de donner aux parents des victimes le sentiment que la mémoire des leurs a été respectée.
Ce sera le début d’un véritable retour à la paix. Notez que nous n’avons pas écrit « réconciliation »… c’est à dessein, car malheureusement, nombreux sont ceux opposés au pouvoir actuel qui entendent dans ce mot, l’adoubement. Et cela les « crispe ».
Au-delà des crispations à caractère politique (le désir « légitime » en démocratie de l’opposition de revenir aux affaires) il y a celles liées au sentiment d’incomplétude et cela à divers endroits du territoire en deçà des considérations politiques.
En effet si la recherche des coupables des crimes humains est le départ de la réconciliation, avant d’atteindre son point d’achèvement il faut passer par plusieurs étapes.
Un des points importants est d’ordre économique.
Les spoliations, les expropriations et les problèmes liés au foncier notamment rural comme l’a avec brio analysé M. Ilboudo Lebel Alexandre devront faire l’objet d’enquêtes.
Il faut inventer une CPNCE (Cour Pénale Nationale pour les Crimes Economiques)…Ah ! Elle existe ? Il faut alors rendre plus « visibles » ses actions.
Tout ceci devra se faire avec sérénité.
Le mur « de la lumière » de l’histoire ivoirienne
Combien de fois n’avons-nous (n’avez-vous) au cours de nos discussions sur la Côte d’Ivoire, buté sur le mur de l’histoire ?
Qui a « commencé » ? Qui a fait quoi ? Qui doit être condamné ? Qui peut être absous ?
Selon qu’on ait à faire à un pro-Gbagbo, un pro-Ouattara ou un pro-Bédié chacun situe le démarrage de nos contentieux à une époque différente.
Ce qui amène inévitablement à des incompréhensions, et dégénère assez rapidement pour nous ramener au point de départ.
Alors, remonter dans l’histoire est nécessaire et obligatoire.
Pas pour chercher à « accuser » un camp et ou à « absoudre » l’autre, mais à situer le chapelet des responsabilités historiques.
Puisqu’il faut être concret aussi à notre humble avis le point de départ « historique » devrait démarrer autour de 1989…
D’autres plus qualifiés que « nous » à n’en point douter, proposeront peut être une autre date…
Mais cette construction historique n’a pas vocation à rester dans des tiroirs des chercheurs. Il faudra la vulgariser pour donner aux actuelles générations une lecture des évènements actuels mais surtout à celles du futur, un point d’ancrage. Pour espérer que cela leur serve de leçon…
Donc nous les Ivoiriens, devrions la voir comme un « processus mémoriel , un passage obligatoire mais aussi comme un début de traitement « prophylactique ».
Prophylaxie
Considérons ensemble notre peuple comme un « corps malade » : atténuer les souffrances immédiates est une première et inévitable étape.
Mais rechercher les causes de sa maladie donnera l’espoir d’une véritable guérison.
C’est en cela que la CDVR a tout son sens.
Faire l’inventaire des exactions Humaines et matérielles depuis Décembre 1999 !
Les faire connaître de TOUS en proposant des solutions de … réparation afin d’espérer une Paix véritable.
C’est en cela que nous parlons de prophylaxie…
Réparer
Comment réparer ? Ce mot simple est terrible dans son utilisation dans les processus de réconciliation…
Réparer ? Ce sont des sentiments, des émotions, des souffrances… humaines !
Peut-on les « réparer » ? Nous vous en laissons juges.
Nous lui préférons l’expression « rendre justice » aux Victimes et à leurs parents.
Pour conclure
Méfions-nous des mots. Des pièges linguistiques. Ils ne sont pas innocents.
Ils deviennent des armes face à la tragédie : et nous sommes dans une tragédie.
Notre déchirement fratricide en est une.
Sans tomber dans la démagogie du « tous coupables », nous savons qu’il est difficile (pas impossible) de trouver quelqu’un qui a les « cuisses propres »: qu’il ait de par ses actes commis des fautes impossibles à pardonner ou de par son inaction ou son silence.
La recherche de coupables quelque soit la période, est nécessaire mais sans esprit de vengeance, mais de Justice.
Sans oublier qu’au regard de la présomption d’innocence, nul n’est coupable tant qu’il n’a pas été jugé.
Ecrivons l’Histoire certes, mais tournons nous résolument vers le Futur !
Sans compter les … points, car ce n’est pas un championnat…
« Une grande victoire pour le camp Gbagbo. » Vraiment ?
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