Mme Sogona Bamba: “Il faut éviter de reproduire les tares de Gbagbo”

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Cela fait trois mois que le nouveau pouvoir est en place et que le gouvernement Soro travaille.

Pour ces premiers mois de la présidence Ouattara, nous avons rencontré Mme Sogona Bamba, la Conseillère en communication du président Alassane Ouattara.

Dans cette interview, elle jette un regard critique sur l’actualité sociopolitique, revient sur la crise post-électorale et parle des nouveaux changements au sein de son parti, le RDR.

 

  • Le Patriote : Au temps de Gbagbo vous aviez souvent adopté des positions tranchées en ayant des réactions virulentes dans la presse contre l’ancien pouvoir.

N’aviez- vous pas pris trop de risques en vous exposant comme une farouche défenseuse d’ADO ?

  • Sogona Bamba : C’est vrai qu’avec Gbagbo le risque était réellement permanent pour moi, mes proches et tout le monde d’ailleurs avaient peur mais,

que vouliez-vous, lorsque je défends une cause, un idéal et une certaine dignité je n’ai pas peur, je deviens foncièrement suicidaire.

D’ailleurs aucun Ivoirien digne de ce nom ne peut accepter qu’un autre le traite d’étranger ou s’érige en détenteur du titre foncier sur la Côte-d’Ivoire et en propriétaire unique des biens de ce pays.

Le régime Gbagbo avait trop opprimé nos parents.

Ses pratiques étaient exclusionnistes donc révoltantes pour tous ceux qui avaient un peu de dignité.

  • LP : Vous étiez l’une des amazones les plus intrépides de Ouattara dans son combat contre l’ancien régime. Pourquoi ?
  • SB : Je n’étais pas une amazone mais une révoltée. Je suis une rebelle dans l’âme et ceux d’en face jouaient à nous faire peur.

Il fallait des hommes et des femmes pour leur faire comprendre qu’ils pouvaient nous opprimer nous tuer mais,  qu’il y en aurait toujours d’autres pour résister, pour les
affronter sur tous les terrains et garder la flamme du combat contre l’exclusion et l’injustice constamment allumée.

Et pour cela, nos jeunes mais aussi les femmes, ont fait leur part je peux dire.

  • LP : Depuis peu on vous entend vous voit et vous lis moins dans les médias. Le combat est- il achevé maintenant que vous êtes au palais?
  • SB : Même quand on est un homme ou une femme politique ce n’est pas tous les jours qu’il faut s’étaler dans les médias. Sinon, à force,

vous ne paraissez plus intéressant ou crédible, vous en subissez les effets pervers. Je préfère être toujours sur le terrain quand je peux.

Je continue d’écrire beaucoup mais cette fois, mes mémoires politiques surtout.

Car, la politique m’a beaucoup appris sur les hommes et la vie. Je ne suis pas souvent dans les journaux parce que je crois qu’il faut y être modérément.

Il faut éviter d’être une exhibitionniste médiatique (rires).

Cela dit, en politique le combat n’est jamais achevé. Il change de forme et vous devez changer de stratégie et d’armes.

Nous ne sommes plus des opposants mais au pouvoir. Par ailleurs, le contexte conflictuel dans lequel notre victoire a fini par s’imposer,

exige que nous allions rapidement à la réconciliation pour reconstruire notre pays or cela ne peut se faire que dans un climat apaisé et fraternel.

Pouvons-nous appliquer le projet de société du Président Ouattara qui est le vivre ensemble en flirtant avec les bruits de bottes et en
perdant encore un temps fou  dans les confrontations et diatribes avec nos frères de la nouvelle opposition? Je crois que non.

  • LP : Comment étant au pouvoir voyez- vous vos relations avec l’opposition ?
  • SB : Je pense que nous devons respecter l’opposition. C’est- à- dire la traiter comme nous voulions être traitée dans le passé.

Nous devons être généreux, ouverts et aller avec elle à une réconciliation vraie rondement menée et non bâclée.

Personnellement, je n’ai plus le cœur à rejouer les amazones comme vous dites, ce n’est vraiment plus nécessaire à mon avis.

Je veux être une actrice de la réconciliation, de la consolidation de l’unité nationale et du vrai changement.

J’ai longtemps rêvé d’une Côte-d’Ivoire nouvelle, d’une Côte-d’Ivoire moderne, démocratique, juste et prospère sous la présidence d’Alassane Dramane Ouattara.

Il faut aider à tous les niveaux pour que cela soit une réalité.

Le chemin parait jonché de grosses embûches mais, Dieu est grand et nous observons déjà les prémices du changement.

  • LP : Comment réussirez-vous avec ADO là où Gbagbo a échoué ?
  • SB : Pour faire avancer ce pays, ce n’est plus si compliqué que cela parce que Gbagbo nous a laissé la notice des contre – indications et ADO est venu avec le mode d’emploi.

Avec ces deux listes en main, on ne peut que réussir. Il faut donc éviter de reproduire les tares de Gbagbo, ne jamais oublier que les mêmes causes produisent les mêmes effets et
respecter la feuille de route du programme vivre ensemble et l’appliquer rigoureusement et intégralement.

Par ailleurs, je crois que notre pays a besoin de ressouder sa nation, cela me semble un préalable.

Il nous faut être ouvert aux autres, travailler avec eux et partager avec eux.

Surtout éviter d’être un pouvoir arrogant et méprisant. On l’a vu, cela n’a pas fait recette avec Gbagbo.

  • LP : Vous avez tantôt parlé de réconciliation bâclée pour vous c’est quoi ?
  • SB : C’est une réconciliation qui veut se passer de justice et du repentir. Je crois que le vrai pardon se nourrit de vérité et la vérité s’obtient par la justice.

Toutes les nations fortes du monde ont jugé leurs bourreaux et ont fait du devoir de mémoire vis-à-vis de leurs martyrs, le socle de leur cohésion.

Si nous commençons tout de suite à nous balader main dans la main avec des criminels ou des donneurs d’ordres, les parents et ayant droit des victimes, se sentiront nargués, abandonnés.

Beaucoup voudront se faire justice et pourront même rejeter le nouveau pouvoir.

Il faut que cette réconciliation s’appuie sur la vérité pour que les cœurs s’apaisent et que le pardon soit sincère.

Moi, je fais confiance au Premier ministre Banny, il réussira pourvu qu’il ait les moyens de sa politique et qu’il puisse mener la barque de cette réconciliation sans entrave et comme il l’entend.

  • LP : Le paysage politique va s’enrichir avec un nouveau parti, le LIDER, celui de Mamadou Koulibaly qui vient de claquer la porte du FPI.

En êtes- vous surprise ?

  • SB : Mamadou Koulibaly est un libéral, un intellectuel de haut niveau et un monsieur que je sais rigoureux,

croyez-vous qu’il pouvait indéfiniment supporter de nager dans les eaux troubles d’un pseudo- parti socialiste devenu foncièrement exclusionniste et qui a fini comme une organisation mafieuse soutenue par la corruption et le crime ?

Qu’est-ce qu’il gagnerait à continuer de souffrir pour une telle organisation qui plus, est en pleine déconfiture ?

Ce FPI post- Gbagbo où les parrains et leurs dauphins le traitent comme un voleur d’héritage et un traitre qui a été à la base de leur chute et qui aujourd’hui travaille pour le Président Ouattara leur tombeur ?

Personne encore moins Koulibaly ne peut tenir longtemps dans une telle position et dans un tel contexte.

Je pense qu’il a très bien été inspiré de partir. Maintenant, la balle est dans son camp.

  • LP : Au Secrétariat Général du RDR Amadou Soumahoro a remplacé Mme Diabaté qu’en pensez-vous ?
  • SB : Je n’en pense que du bien. Pour le Président du parti, il était sûrement le meilleur à ce poste.

Maintenant, pour parler de l’homme sachez que le ministre Amadou Soumahoro a été mon patron au Ministère du Commerce, c’est un homme de
conviction,  un homme entier avec un tempérament de fonceur et un caractère quelque peu trempé mais il sait le moduler et l’adapter à
toutes les situations.

J’ai été chez lui à Séguéla et Je retiens qu’il est un homme profondément humain.

Je pense qu’il saura gérer le personnel politique difficile que nous sommes au RDR.

  • LP : Quelle fonction occupez-vous maintenant que le Président du RDR Alassane Ouattara est devenu Président de la République ?
  • SB : Sachez tout simplement qu’au RDR, je suis Conseillère en Communication du Président Ouattara avec rang de Secrétaire Général.

J’ai été porte-parole de campagne du candidat du RDR Alassane Ouattara à la présidentielle de 2010.

Je continue d’être sur le terrain politique au contact de nos militants avec mes amis de la Cellule d’Opinions du RDR dont je suis la présidente.

Pour l’instant mon statut n’a pas officiellement changé. Mais, ne vous en faites pas, le Président de mon parti et mon candidat  ayant eu de la promotion en devenant Président de la
République en occupant le palais présidentiel, il n y a aucune raison que par ricochet moi je n’en aie n’est-ce pas ?

Pour l’instant j’attends en savourant tous les week- end dans les quartiers avec nos militants, cette victoire méritée car remportée de haute lutte.

  • LP : Pendant ce temps beaucoup de responsables du RDR comme d’autres des autres parti du RHDP sont nommés qu’est-ce qui coince en ce qui vous concerne?
  • SB : En insistant sur cette question vous me semblez apparemment plus soucieux que moi pour cela? (rires).

Merci pour cette sympathie, je fais le même constat que vous, mais rien ne coince je pense.

Il faut attendre c’est tout. J’attends.

Si vous vous voulez réellement savoir ce qui coince pour moi peut-être serait-il intéressant que vous posiez la question à mon patron donc à qui de droit comme on dit (rires).

Pour l’instant, je n’ai pas à me plaindre, je suis là et je ne peux vous répondre que : j’attends.

Réalisée par

Jean-Claude Coulibaly

Source: Le patriote

Réalisée par

Jean-Claude Coulibaly

Source: Le patriote

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