Histoire des commissions Vérité et réconciliation

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Afrique du Sud : Commission vérité et réconciliation d’Afrique du Sud

La violence à l’origine de la création de la commission

Le système de l’apartheid est institué en politique d’Etat en 1948 et se poursuit jusque 1992. Sous le régime de l’apartheid, chaque citoyen est classé dans une catégorie raciale: Africains, métis, Indiens ou Blancs. Les groupes sont séparés les uns des autres dans toutes les sphères de la vie et de l’activité sociale.

Les Sud-africains non Blancs se voient refuser les droits politiques fondamentaux, la liberté de mouvement et de réunion, ainsi que l’accès à l’éducation et à des soins de santé décents. Les déménagements forcés sont monnaie courante, les personnes de couleur sont chassées de chez elles et contraintes de déménager dans les plus brefs délais ou sans préavis dans les bantoustans ruraux ou les bidonvilles situés à l’extérieur des villes. Toute contestation est sévèrement réprimée.

Les ONG de défense des droits de l’homme estiment que 200.000 Sud-africains ont été arrêtés entre 1960 et 1992 et que la plupart d’entre eux ont été torturés pendant leur détention.

Les sanctions internationales et l’opposition systématique aux injustices de l’apartheid usent petit à petit le gouvernement sud-africain.

En 1990, Nelson Mandela, chef du Congrès national africain, le groupe anti-apartheid le plus puissant, est libéré après 27 ans de détention.

Suite à sa libération, le processus de négociation entre l’ANC et la Parti national (NP) en place commence vraiment. Après des années de négociations intenses et souvent difficiles, en 1993, les parties mettent au point une constitution provisoire prévoyant des élections générales en avril 1994 ouvertes pour la première fois à tous les Sud-africains.

L’une des questions les plus contestée relatives à ces négociations est de savoir si le gouvernement précédent peut être amnistié pour les crimes commis à l’époque de l’apartheid.

Le Parti national insiste pour obtenir une amnistie générale.

L’ANC plaide en faveur d’une responsabilité pour tous les crimes commis autrefois.

En fin de compte, il est décidé qu’une amnistie couvrira toutes les infractions motivées par des raisons politiques.

La première élection démocratique est organisée en avril 1994. L’ANC et Nelson Mandela remportent l’élection avec 61% des suffrages. En novembre 1994, le nouveau gouvernement présente la promotion du projet de loi d’unité et de réconciliation nationale au parlement. Le projet de loi prévoit l’amnistie décidée auparavant, mais exige qu’elle ne soit accordée aux perpétrateurs qu’après qu’ils aient révélé tous leurs crimes et prouvé qu’ils les avaient perpétrés pour des motifs politiques. Sinon, ils sont passibles de poursuites. Le moyen proposé pour cette révélation est une commission vérité.

Le mandat et l’action de la commission

La commission vérité, finalement appelée commission pour la vérité et la réconciliation, est créée au terme d’une vaste consultation entre les partis politiques, les ONG de défense des droits de l’homme, des groupes d’églises, des centres de traumatologie et d’autres instances ayant pris part à la lutte contre l’apartheid.

Des centaines de propositions et de demandes sont présentées avant la création de la commission et de nombreuses audiences publiques sont organisées. Après des mois de débat, la forme de la commission est arrêtée.

Elle sera formée de trois éléments :

  1. un comité d’amnistie, qui connaîtra des demandes d’amnistie ;
  2. un comité des droits de l’homme devant lequel les victimes pourront se présenter et raconter leur histoire ;
  3. et un comité de réhabilitation et de réparation qui soumettra des recommandations pour la transformation des institutions civiles sud-africaines et l’indemnisation des victimes.

Le comité de réhabilitation et de réparation est également chargé d’apporter un soutien aux victimes pendant la durée d’activité de la commission.

Treize porte-parole sont recrutés afin d’apporter un soutien psychologique aux victimes.[voir article psychiatres en Côte d’Ivoire]

Le comité pour la réhabilitation et les réparations est de loin l’organe de la commission le plus pauvre en personnel et en ressources financières.

Dix-sept commissaires sont nommés pour superviser les trois comités. Les commissaires sont choisis dans le cadre d’une tentative politique délibérée de représenter l’ensemble de la société sud-africaine, à savoir : sept Noirs, six Blancs, deux métis et deux Indiens.

L’archevêque anglican Desmond Tutu est nommé président de la commission. Au plus fort de son activité, la commission sud-africaine compte près de 400 membres, c’est-à-dire considérablement plus que les commissions vérité précédentes.

Son budget annuel dépasse celui des autres commissions vérité avec près de 9 millions $ par an.

Son travail se poursuit pendant près de trois ans. Le comité des droits de l’homme recueille les dépositions de 20.000 personnes.

Son personnel sillonne le pays pour entendre les témoignages de tous ceux qui se présentent.

Des audiences publiques sont organisées dans 80 communautés du pays, en tout lieu où plus de deux cents personnes viennent faire une déposition.

Des cas paradigmatiques sont sélectionnés pour être présentés au cours des audiences. Les commissaires, sous la houlette de l’archevêque Tutu, entendent les victimes avec bienveillance et leur permettent d’exprimer librement ce qu’elles ont vécu.

desmond tutu 150x150 Histoire des commissions Vérité et réconciliationA diverses reprises, Tutu verse des larmes avec les victimes.

Un porte-parole de la commission et trois membres de la communauté locale ayant subi une courte formation ad hoc assistent à chaque audience et apportent un soutien tant aux personnes qui témoignent et qu’à celles qui écoutent. L’archevêque Tutu est le moteur de l’action de la commission. Il crée le cadre dans lequel comprendre l’action de la commission vérité et réconciliation. Il ne se donne guère la peine de faire une dichotomie entre son action pour la commission et ses croyances spirituelles, souvent appelées Théologie ubuntu.

Ubuntu est la notion africaine traditionnelle

«qui proclame une complétude naturelle de l’humanité, une complétude réalisée chez et par les autres. »

Desmond Tutu fond cette pensée traditionnelle dans les valeurs chrétiennes de pardon, de repentir et de réconciliation. Cette idéologie conduit à une habile pression auprès des personnes qui déposent pour qu’elles pardonnent à ceux qui ont commis des crimes à leur encontre, dans la mesure où selon l’idéologie ubuntu, ce n’est que par le pardon et par la reconnaissance de l’humanité des scélérats que les témoins peuvent recouvrer totalement leur propre humanité.

La philosophie sous-jacente de la commission vérité et réconciliation est que «la réconciliation n’est possible que si nous partons des fondements de la vérité. L’amnésie peut être réconfortante, mais en fin de compte, elle empêchera la réconciliation plus qu’elle ne l’encouragera. » (Discours du Pressclub de l’archevêque Tutu du 21 octobre 1997).

Les fondateurs de la commission vérité et réconciliation estiment également que révéler la vérité aux victimes favorisera le processus de guérison. On espère qu’en faisant de la révélation complète la condition de l’amnistie, la vérité se fera jour.

Si 7.060 personnes se présentent devant le comité d’amnistie et livrent des informations importantes pour beaucoup de victimes, on s’accorde à dire que les perpétrateurs qui s’abstiennent de s’adresser à la commission sont beaucoup plus nombreux que ceux qui le font et que la majorité des individus qui témoignent omettent nombre de leurs crimes.

En conséquence, si de nouvelles informations importantes sont révélées, dans la plupart des cas, les 20.000 victimes ayant témoigné devant le comité des droits de l’homme n’obtiennent pas de nouvelles informations. Théoriquement, le fait que l’amnistie soit liée à une révélation complète des crimes devrait pousser les perpétrateurs à lâcher le morceau.

Toutefois, le service des enquêtes de la commission manque de personnel et demeure inefficace.

Le comité d’amnistie ne peut pas toujours vérifier si les perpétrateurs ont révélé l’intégralité de leurs crimes ou non. En outre, la menace de poursuites est relativement faible vu le nombre considérable de perpétrateurs et le prix élevé de chaque procès. Ceux-ci savent donc que probablement l’Etat ne les inculpera pas tous.

La commission vérité et réconciliation retient considérablement l’attention des médias. Les audiences des comités des droits de l’homme et d’amnistie sont amplement couvertes par la presse écrite et les journaux télévisés.

Un programme télévisé hebdomadaire diffusé à une heure de grande écoute fait état des découvertes de la commission. Il est difficile qu’un Sud-africain puisse complètement ignorer les vérités que la commission dévoile.

Le rapport final de la commission vérité et réconciliation comporte 250 recommandations. Parmi celles-ci, une politique substantielle de réparation prévoit des indemnisations financières pour chacune des victimes, ainsi que l’édification de monuments publics commémorant la souffrance des victimes.

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