Les dégâts des brouteurs ivoiriens: arnaques à la webcam deux lycéens se suicident en France

Des escrocs, souvent basés en Côte d’Ivoire, poussent des internautes à se livrer à des jeux érotiques devant leur webcam, avant de les faire chanter. L’arnaque, dont les auteurs sont quasi impossibles à identifier, se répand à vitesse grand V. Elle a déjà poussé deux lycéens, dont un Brestois, au suicide.

« Elle m’a demandé d’allumer ma webcam, de me déshabiller et de montrer certaines parties de mon corps. » Séduit par une « jolie fille aux dessous sexy » rencontrée sur un site de tchat, Franck, 26 ans, s’est exécuté.

Puis, il a reçu un lien vers une vidéo de 20 secondes, le montrant dans une posture intime. Un message accompagné de menaces : « ils disaient qu’ils allaient ruiner ma vie, qu’ils allaient tout raconter à mes proches ».

500 € pour effacer la vidéo

La vidéo se retrouve en ligne sur YouTube. Pour que ses auteurs la retirent, Franck doit verser 25 €, « une somme dérisoire pour le traumatisme subi ». Mais une somme bien inférieure aux 500 € que lâcheraient certaines victimes de ce type d’arnaque.

L’an dernier, 2 000 cas ont été recensés sur les quelque 100 000 escroqueries déclarées. « C’est la partie émergée de l’iceberg », estime Pierre-Yves Lebeau, chef de section à l’office « cyber » de la police judiciaire. « Les victimes, honteuses, osent rarement déclarer qu’elles ont été piégées en train de se masturber. »

Qui sont ces escrocs qui font chanter les internautes ? Des« brouteurs », comme ils se surnomment, localisés en Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement dans les cybercafés d’Abidjan, en Côte-d’Ivoire.« Des réseaux très bien organisés, avec des chefs qui recrutent et des cafés quasiment dédiés à cette activité », affirme Pierre-Yves Lebeau.

« Surtout ne jamais payer »

« T’es mor »« ton patron va tou savoir »« j’ai tou sur toi » : « les brouteurs terrorisent leurs victimes pour les faire craquer. Surtout ne jamais payer, sinon c’est l’engrenage », prévient Annie Roser, vice-présidente de Aven, association de défense de victimes, qui dit repérer une cinquantaine de vidéos de « pigeons » filmés à leur insu chaque jour.

L’an dernier, ces escroqueries ont rapporté 5 millions d’euros à leurs auteurs, « qui vantent leurs exploits et s’exhibent avec leurs belles montres et voitures », sur Facebook, selon la bénévole.

Quand les menaces, truffées de fautes d’orthographe, ne suffisent pas, les escrocs se font passer pour Interpol ou un procureur, brandissant des poursuites imaginaires pour « pédo-pornographie ».

Deux suicides

En France, la violence de ces menaces a poussé deux lycéens au suicide. En janvier, Cédric, 17 ans, s’est pendu dans sa chambre à Marseille, trois mois après avoir été piégé au cours d’un « plan webcam ». En octobre,Gauthier, 18 ans, s’est donné la mort à Brest dans les mêmes circonstances.

« C’est dévastateur pour des jeunes qui pensent tester leur pouvoir de séduction sans risque via internet. Leur plus grande blessure, c’est d’imaginer leurs parents découvrant ces images », explique Justine Atlan, présidente de l’association E-Enfance, qui propose une plateforme d’écoute pour les victimes de cyber-délinquance.

Après le suicide de Gauthier, le parquet de Brest a ouvert une information pour « tentative d’extorsion ». Mais l’identification des auteurs « ne va pas être simple », admet le parquet. Malgré la coopération entre polices française et ivoirienne, la traque des escrocs n’aboutit jamais ou presque.« Déjà en Europe, c’est compliqué, alors en Afrique… »

Source: Ouest France

CIVVR avatar 1402139190 96x96 Les dégâts des brouteurs ivoiriens: arnaques à la webcam deux lycéens se suicident en France

Site indépendant sur le processus de Vérité et réconciliation en Côte d’ivoire

CIVVR – who has written posts on Vérité et réconciliation Côte d'Ivoire.


You may also like...

Commentaires

Google+