Côte d’Ivoire Enquête sur le charnier de Yopougon du 26 octobre 2000

Le 27 octobre 2000, un charnier de cinquante-sept personnes est découvert à Yopougon, un quartier populaire du nord-ouest d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire.

Cette découverte intervient dans un contexte politique insurrectionnel. Cinq jours plus tôt, le dimanche 22 octobre, une élection présidentielle a opposé notamment le général Robert Gueï à Laurent Gbagbo, le leader du Front populaire ivoirien (FPI). Alassane Dramane Ouattara, le président du Rassemblement des républicains (RDR), a été empêché de se présenter, au prétexte qu’il ne serait pas Ivoirien. Alors que des résultats provisoires donnent M. Gbagbo vainqueur, le ministère de l’Intérieur dissout la commission nationale électorale et annonce la victoire du général Gueï. Les 24 et 25 octobre, des dizaines de milliers de personnes descendent dans la rue. Des éléments des forces de sécurité, favorables au général Gueï, tirent sur la foule, faisant des dizaines de morts. Une partie de l’armée et la gendarmerie se rallient aux manifestants, entraînant la fuite du général Gueï. Laurent Gbagbo est officiellement investi, le 26 octobre en fin d’après-midi.

Cependant, à l’aube du 26 octobre, des militants du RDR, munis d’armes blanches (couteaux, machettes, gourdins, etc.) et plus rarement d’armes à feu, envahissent les rues d’Abidjan pour réclamer une nouvelle élection. Des affrontements violents les opposent aux militants du FPI et aux forces de l’ordre (police et gendarmerie). Le premier bilan s’élève à plus d’une centaine de morts. Le 27 octobre, on découvre à Yopougon un charnier de cinquante- sept personnes. Ce massacre suscite une immense émotion à l’intérieur du pays comme à l’étranger. Dès le lendemain, les nouvelles autorités ivoiriennes affirment leur volonté de faire toute la lumière sur cette affaire, précisant qu’elles sont prêtes à accueillir une commission d’enquête internationale.

C’est à la suite de cette proposition des autorités ivoiriennes que la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et Reporters sans frontières (RSF) ont décidé de se rendre en Côte d’Ivoire. Une délégation des deux organisations non gouvernementales a séjourné à Abidjan du 13 au 19 décembre 2000. Composée de Khemaïs Chammari, ancien vice-président de la FIDH, Parfait Moukoko, président de l’Observatoire congolais des droits de l’homme, Robert Ménard, secrétaire général de RSF, et Jean-François Julliard, coordinateur de la recherche à RSF, cette délégation a notamment rencontré le président de la République, les ministres de l’Intérieur, de la Défense, de la Justice ainsi que le porte-parole du gouvernement, des responsables de partis politiques, des magistrats en charge de l’enquête, des responsables de la gendarmerie, des représentants d’associations ivoiriennes de défense des droits de l’homme, des journalistes ivoiriens, des correspondants de la presse étrangère. Elle a également recueilli les témoignages des deux rescapés du charnier et des parents de victimes.

La mission devait répondre, dans le contexte des violences dont la Côte d’Ivoire a été le théâtre ces trois derniers mois, à trois questions centrales : – qui a tué, et dans quelles conditions, les dizaines de personnes retrouvées à Yopougon ? – où en sont les procédures judiciaires et administratives initiées par les autorités après la découverte du charnier ? – quelle a été l’attitude des médias et quel sort leur a été réservé pendant cette période ?

 

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