Andre Silver Konan: « C’est malheureux, mais la justice depuis la création du monde, a toujours été celle du vainqueur »

8d7cf51aa0f713c0083219 Andre Silver Konan: « Cest malheureux, mais la justice depuis la création du monde, a toujours été celle du vainqueur »Etes-vous d’accord que M. Laurent Gbagbo soit à la CPI ?
Ma position est radicalement simple. Il y a eu plus de 3.000 morts pendant la crise postélectorale et il faut bien que quelqu’un paye. Il faut bien qu’il y ait des gens qui soient responsables de ces crimes et qu’ils répondent de leurs actes devant la justice, qu’elle soit internationale ou nationale.

Très exactement, est-ce qu’il y a des proches de Ouattara qui pourraient être traduits devant la CPI pour les mêmes motifs ?
Qui pourraient être traduits n’est pas l’expression appropriée. Il faut plutôt dire, qui devraient être traduits devant la CPI, puisqu’effectivement, il y a eu des exactions qui ont été commises dans les deux camps et par les deux camps. Donc, oui, des gens devraient répondre de leurs actes, dans le camp Ouattara.

Est-ce que le premier ministre Soro pourrait être parmi ces personnes ?
Je n’en sais absolument rien. C’est en tout cas au procureur, M. Ocampo, qui a pris l’initiative de mener une enquête sur les crimes présumés, lors de la crise postélectorale, de le dire clairement. Et aussi, c’est à la justice ivoirienne, qui s’est saisi du dossier, d’établir clairement les responsabilités.

Quel est votre commentaire sur la question de la justice des vainqueurs ?
Je vais vous dire une vérité implacable. Elle fait mal, on ne l’accepte pas, mais c’est la triste réalité. « C’est malheureux, mais la justice depuis la création du monde, a toujours été celle du vainqueur ».

On doit accepter cela ?
On ne doit pas accepter cela. Moi personnellement, je ne l’accepte pas, mais je décrypte une situation de façon sereine, implacable et indépendante. Je dis que dans l’histoire du monde, la justice a été toujours celle des vainqueurs. Et j’ajoute que vous ne verrez pas M. Ouattara en train de livrer l’un de ses proches à la CPI, surtout ceux qui l’ont aidé à arriver au pouvoir.

Donc les chefs de guerre du nord ne seront pas livrés ?
Ce sera très difficile qu’on obtienne que M. Ouattara, même si la CPI se résout à inculper l’un de ses proches, ce sera très difficile, dis-je, que M. Ouattara livre celui-ci. Est-ce normal ? Non. Mais je décrypte une situation qui a milles chances sur deux, d’arriver.

Donc, les chefs de guerre du nord ne passeront pas pour vous, à la CPI ?
Cela, on ne le sait pas, mais je pense que même s’ils sont inculpés, ce sera très difficile que M. Ouattara les livre (on va le dire comme ça), encore faudrait-il que la CPI arrive à émettre des mandats d’arrêt contre eux.

Pour vous, il y a eu échec de la diplomatie française et de Nicolas Sarkozy sur ce dossier ?
Je vais vous dire une chose : si la France n’était pas intervenue le 11 avril 2011, on serait encore en guerre. Rien que pour cela, il fallait que ça s’arrête.

Donc pour vous, l’intervention française est une bonne chose ?
Absolument ! Je prends le contexte du 11 avril où les forces pro-Ouattara menaient l’offensive contre la résidence de M. Gbagbo et qui étaient repoussées pendant des jours, et pendant cette période, il y avait des morts un peu partout Abidjan, il fallait faire quelque chose. Ma position n’a pas changé depuis le début quand je dis qu’il faut bien que quelqu’un paye. Si la France n’était pas intervenue, ce 11 avril, pour l’un des camps ou pour l’autre, on serait encore en guerre. C’est ça qu’on voulait ?

Est-ce vrai que les élections législatives ne vont rien régler et qu’elles ne feront que départager les partisans de M. Ouattara ?
La vérité est que des partisans de M. Gbagbo sont candidats. D’ailleurs, nombreux parmi eux vont remporter des sièges. Et je suis convaincu, puisque je parle avec eux, qu’ils vont constituer un groupe parlementaire. Je puis l’affirmer, il y aura un groupe parlementaire qui sera constitué, évidemment contre l’avis officiel du Front populaire ivoirien, et qui sera un groupe parlementaire proche du FPI. C’est indéniable.

Pour terminer, j’aimerais parler d’une chose avec vous. La liberté de la presse. Aujourd’hui, plusieurs journalistes pro-Gbagbo sont emprisonnés en Côte d’Ivoire. Est-ce qu’il est difficile d’être journaliste en Côte d’Ivoire ?
C’est de la plaisanterie, il faut arrêter. La justice est partie d’un premier chef d’accusation à un deuxième puis à un troisième. Cette façon de faire montre bien la gêne de cette justice. La loi sur la presse votée en 2004, qui bénéficie de l’appui de M. Ouattara, puisqu’il l’a réaffirmé pendant la campagne électorale, interdit l’emprisonnement des journalistes.

C’est plutôt inquiétant comme signal ?
C’est inquiétant, non seulement inquiétant, mais c’est un recul extraordinaire, qu’on ne pouvait pas imaginer du tout.

Propos retranscrits par Clair Amondoua
Source France Soir via lebanco.net

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